Bacchanales n°51 "Sur la guerre et la paix"

NOUVEAU

Bacchanales n°51 Novembre 2014

“Sur la guerre et la paix”
86 poètes d'aujourd'hui :
Etel Adnan (Liban, Salah Al Hamdani (Irak), Maram Al Masri (Syrie), Anas Alaili (Palestine), Jacques Alvarez-Péreyre, Adalberto Alves (Portugal), Andrée Appercelle, Carroll Arnett / Gogisgi (États-Unis), Hakim Bah (Guinée), Jeanine Baude, Youssef Bazzi (Liban), Claude Ber, Maïssa Bey (Algérie), Arthur Billerey, Mateja Bizjak-Petit (Slovénie), Geneviève Boudreau (Canada), Michel Butor, Michel Calonne, Luisa Campanile (Suisse), Gérard Cartier, Alfons Cervera (Espagne), Élisabeth Chabuel, Stani Chaine, Rienzi Crusz (Sri Lanka), Erri De Luca (Italie), Bernard Deglet, Françoise Delorme, Jean-Luc Despax, Monique Domergue, Plamen Doynov (Bulgarie), Suzanne Dracius (Martinique), David Dumortier, Estelle Dumortier, Mohammed El Amraoui (Maroc), Abdellah El Hamel (Algérie), Sylvie Fabre G., Aude Fabulet, Éric Ferber, Alain Freixe, Michaël Glück, Guéorgui Gospodinov (Bulgarie), Françoise Hàn, Jack Hirschman (États-Unis), Linda Hogan (États-Unis), Sabine Huynh (Vietnam), Lowell Jaeger (États-Unis), Rachid Khaless (Maroc), Amin Khan (Algérie), Victor Krivouline (Russie), Souad Labbize (Algérie), Gérard Lemaire, Teresa Rita Lopes (Portugal), Issa Makhlouf (Liban), Marwan Makhoul (Palestine), Dominique Massaut (Belgique), Georges Mérillon, Moncef Mezghanni (Tunisie), Raphaël Monticelli, Gérard Mordillat, Sauve-Gérard Ngoma Malanda (Congo), Gabriel Mwènè Okoundji (Congo), Françoise Oriot, Simon Ortiz (États-Unis), Angèle Paoli, Serge Pey, Robert Piccamiglio, Paola Pigani,Renard, Florentine Rey, James Sacré, Dominique Sampiero,Sanguinetti, Moe Seager (États-Unis), Georges Sioui (Canada), Pierre Soletti, Omar Youssef Souleimane (Syrie), Thomas Suel, Fabienne Swiatly, Philippe Tancelin, Janine Teisson, Sarah Turquety, Gilles B. Vachon,  Manuel Van Thienen,  Abdo Wazen (Liban),  Pavie Zygas, Bruno Doucey

Couverture, illustrations et hors-texte : Ali Silem
240 pages • Prix : 20 €

Poème extrait du Bacchanales n°51 "Sur la guerre et la paix"

        La guerre n’est plus en nous.
        Elle s’est affalée face contre terre et ne se relèvera
plus. Les mitrailleuses sont des mitrailleuses de clown, les
balles des marguerites qui restent accrochées au canon
avec un bruit de muguet et s’accumulent jusqu’à ce
qu’elles ne puissent plus.


        Les boat people savent nager. Charlie Parker a
retrouvé ses clés


        Sur le littoral les forêts ne brûlent plus et au large
les coraux reprennent vie. Le PNB l’ermite est rentré
dans sa coquille et l’a trouvée si grande qu’on l’y a oublié.
L’Afrique ne vend plus ses enfants comme avant,
l’Afrique ne vend plus ses arbres géants. Ailleurs avec les
arbres justement on refait du caoutchouc, à l’arme blanche :
elle ne sert plus qu’à ça.


        Les murs ont perdu leurs oreilles et voilà que les
personnes en ont. Leur coeur bat quelque part en nous et
nous porte, leur âme respire en nous et nous porte.


        On laisse les enfants marcher dans les flaques et
même on les rejoint, et même on ressent avec eux la
même joie, flic flac ça éclabousse, les gouttes d’eau giclent
dans le soleil lavé par la pluie et qui enlève d’un seul coup
toutes les ombres de tous les sourires et les dépose sous
les jupes espiègles des filles…
        Ça mouille et ça n’est pas grave : ça se frotte, une
peau, quand elle n’est plus à trouer. Et c’est comme cela
qu’autour des flaques elles se frottent doucement, parfois
sans se toucher, chaque peau hameçonne l’âme soeur, le
désir perle comme le feu dans les yeux qu’il habite, la
paille est jaune et fraîche dans le champ du voisin, nous
sommes tous frères et personne n’est gardien.
        Il fallait y penser on a fait exploser les bombes à
l’intérieur des bombes : miracle, il n’en est rien resté.
Alors on a donné droit aux revendications des travailleurs,
des chômeurs, des retraités, et des esclaves sans
papier. Et puis des patrons, des routiers, des rouliers, des
roms, des excommuniés. Et puis des autres. Et comme à
la fin, des biens de ce monde il en restait encore cet encore
on se l’est partagé et c’est comme ça qu’on a commencé la
grande fête et on ne voit pas bien ce qui pourrait l’arrêter :
tout le monde sait un bout d’accordéon, ou bien pousser
la chansonnette ou claquer en cadence dans les mains en
poussant des petits cris ou de bossa nova.


        Charlie Parker avait perdu ses clés, le monde
s’était brisé aux alentours de 1914, cent ans plus tard il
les a retrouvées et on l’a refait.


Bernard DEGLET

Bacchanales n° 51 " Sur la guerre et la paix"

Novembre 2014