LES POÈMES DU MOIS
Quand on me dit d'obéir, on me donne la chance de désobéir.
Quand on ne me dit pas d'obéir, je fais ce que je veux.
Quand on me dit de faire ce que je veux, j'obéis.
Mateja BIZJAK-PETIT
Bacchanales n°68 - Désobéissances
L'avenir est pour demain
L'avenir est pour bientôt
Par-delà les murs clos comme des poings fermés
à travers les barreaux ceinturant le soleil
nos pensées sont verticales et nos espoirs
L'avenir lové au cœur monte vers le ciel
comme des bras levés en signe d'adieu
des bras dressés enracinés dans la lumière
en signe d'appel d'amour de reviens ma vie
Je vous serre contre ma poitrine mes sœurs
bâtisseuses de liberté et de tendresse
et je vous dis à demain car nous le savons
L'avenir est pour bientôt
L'avenir est pour demain
Anna GRÉKI
L'avenir est pour demain
À la mémoire, brûlante,
de Leïla Shahid (1949-2026)
Notre boussole
Tu n’es pas partie
Tu ne nous as pas quittés
Tu n’as pas tiré ta révérence
Tu n’as pas disparu
Tu ne t’es pas tue
En retournant à la poussière
tu es restée entière
Tu n’as pas sombré dans le néant
Tu n’as renoncé à rien
Tu es toujours éloquente
juste
rebelle
amoureuse de la terre que tu as défendue
« jusqu’à la dernière pulsation de tes veines »
Et dans ce monde cruel
où les plus vaillants d’entre nous
ne savent où donner de la tête
tu es
et restera
notre boussole
Abdellatif LAÂBI
« Le Poète ne peut servir le pouvoir – parce qu’il est lui-même pouvoir.
Le Poète ne peut servir la force –
parce qu’il est lui-même – force.
Le Poète ne peut servir le peuple –
parce qu’il est lui-même – peuple.
Et avec cela pouvoir – d’un ordre
supérieur, force – d’un ordre supérieur, etc.
Le Poète ne peut servir, parce qu’il
sert déjà, il sert intégralement … puisque le
poète ne peut même pas se servir
lui-même !
La seule personne que le poète puisse
servir sur cette terre – c’est un autre poète, plus grand. »
Marina TSVETAÏEVA (1892-1941)
Vivre dans le feu, Carnets, 10 juillet 1931
À l’aube, ils trouvèrent tout chamboulé
-
L'onagre dit :
Pourquoi accuser les furoncles qui jonchent ta peau moisie
- - tu as déjà des écailles sur les mains et les fesses- -
Alors qu’il y a aussi toutes ces bâtisses
Qui te voilent le soleil ?
La surface de mon erg n’est plus ce qu’elle était :
Hôtels de tentes, motels et dunes climatisées.
Où fourrer mon galop assoiffé d’espaces vierges et de poussière non polluée ?
ferrailles, terre-pleins et carcasses bétonnées.
Horizon bouché.
Je ne regarderai plus l’arc en ciel s’iriser de travers
Et cet ébrouement de cincle tel dieu pris dans ses rets.
Venez, architectes de vents et de désirs, redresser le ciel pris de vertige ;
Accourez et que le maître des gaz rares
-comblés vos rêves de stratosphère -
Vous dispense sa manne de néon.
-
Le dromadaire énumère :
Fantasia de tisnit,
Danseurs de biskra
Antinea (tin-hinan)
Désert de le clézio
La goutte d’or de tournier
Venez à hammam-meskoutine,
Arabe chassant au faucon,
Les sarrazins déguisés en diables effraient l’armée
de Charlemagne
ET
LE
PEUPLE
OPERE
EN
MARGE
-
L'onagre :
Nous voulions conquérir l’espace nécessaire à vos ébats et à vos rêves sans frontières.
Après le fer croisé,
le cours d’eau domestiqué,
après le rire cristallin du poète bisexué,
l’ovation des adolescents aux jambes belles,
la gloire des sexes clairs comme des lunes,
redeviendrons-nous un pays d'interdits ?
-
Le dromadaire rêvasse
Ah ! couper les digues qui m’empêchent d’aller m’ accouder sur les parapets pour dire des grossièretés à la mer violée de mazout
Dehors,
Strident comme une insulte, le rire se déclenche à mon encontre
ET CETTE PEUR
DE MOI-MÊME
PLUS QUE JAMAIS
ENRACINÉE
Tahar DJAOUT (1954-1993)
(t)race d’erg (Esquisse d’une fable à deux lieux)