LES POÈMES DU MOIS


Les poèmes de mai 2026

Quand on me dit d'obéir, on me donne la chance de désobéir.

 

Quand on ne me dit pas d'obéir, je fais ce que je veux.

 

Quand on me dit de faire ce que je veux, j'obéis.

 

 

Mateja BIZJAK-PETIT

Bacchanales n°68 - Désobéissances

L'avenir est pour demain

L'avenir est pour bientôt

 

Par-delà les murs clos comme des poings fermés 

à travers les barreaux ceinturant le soleil 

nos pensées sont verticales et nos espoirs

L'avenir lové au cœur monte vers le ciel 

comme des bras levés en signe d'adieu 

des bras dressés enracinés dans la lumière 

en signe d'appel d'amour de reviens ma vie 

Je vous serre contre ma poitrine mes sœurs 

bâtisseuses de liberté et de tendresse 

et je vous dis à demain car nous le savons  

 

L'avenir est pour bientôt

L'avenir est pour demain

 

Anna GRÉKI

L'avenir est pour demain


Le poème d'avril 2026

À la mémoire, brûlante,

de Leïla Shahid (1949-2026)  

 

Notre boussole

Tu n’es pas partie

Tu ne nous as pas quittés

Tu n’as pas tiré ta révérence

 

Tu n’as pas disparu

Tu ne t’es pas tue

En retournant à la poussière

tu es restée entière

  

Tu n’as pas sombré dans le néant

Tu n’as renoncé à rien

Tu es toujours éloquente

juste

rebelle

amoureuse de la terre que tu as défendue

« jusqu’à la dernière pulsation de tes veines »

 

Et dans ce monde cruel

où les plus vaillants d’entre nous

ne savent où donner de la tête

tu es

et restera

notre boussole

  

Abdellatif LAÂBI 


Le poème de mars 2026

 « Le Poète ne peut servir le pouvoir – parce qu’il est lui-même pouvoir.


Le Poète ne peut servir la force – parce qu’il est lui-même – force.


Le Poète ne peut servir le peuple – parce qu’il est lui-même – peuple.


Et avec cela pouvoir – d’un ordre supérieur, force – d’un ordre supérieur, etc.


Le Poète ne peut servir, parce qu’il sert déjà, il sert intégralement … puisque le
poète ne peut même pas se servir lui-même !


La seule personne que le poète puisse servir sur cette terre – c’est un autre poète, plus grand. »

 

 

Marina TSVETAÏEVA (1892-1941)

Vivre dans le feu, Carnets, 10 juillet 1931


Le poème de février 2026

À l’aube, ils trouvèrent tout chamboulé

-  

L'onagre dit :

Pourquoi accuser les furoncles qui jonchent ta peau moisie

- - tu as déjà des écailles sur les mains et les fesses- -

Alors qu’il y a aussi toutes ces bâtisses

Qui te voilent le soleil ?

 

La surface de mon erg n’est plus ce qu’elle était : 

Hôtels de tentes, motels et dunes climatisées.

  

Où fourrer mon galop assoiffé d’espaces vierges et de poussière non polluée ?

ferrailles, terre-pleins et carcasses bétonnées.

Horizon bouché.

 

Je ne regarderai plus l’arc en ciel s’iriser de travers

Et cet ébrouement de cincle tel dieu pris dans ses rets. 

Venez, architectes de vents et de désirs, redresser le ciel pris de vertige ;

Accourez et que le maître des gaz rares

    -comblés vos rêves de stratosphère - 

Vous dispense sa manne de néon. 

 - 

Le dromadaire énumère :

Fantasia de tisnit,

Danseurs de biskra

Antinea (tin-hinan)

Désert de le clézio

La goutte d’or de tournier 

Venez à hammam-meskoutine, 

Arabe chassant au faucon, 

 Les sarrazins déguisés en diables effraient l’armée 

de Charlemagne 

ET

LE

PEUPLE

OPERE

EN 

MARGE 

-

L'onagre :

Nous voulions conquérir l’espace nécessaire à vos ébats et à vos rêves sans frontières.

Après le fer croisé,

le cours d’eau domestiqué,

après le rire cristallin du poète bisexué,

l’ovation des adolescents aux jambes belles,

la gloire des sexes clairs comme des lunes,

redeviendrons-nous un pays d'interdits ?

-

Le dromadaire rêvasse

Ah ! couper les digues qui m’empêchent d’aller m’ accouder sur les parapets pour dire des grossièretés à la mer violée de mazout

Dehors,

Strident comme une insulte, le rire se déclenche à mon encontre

ET CETTE PEUR

DE MOI-MÊME 

PLUS QUE JAMAIS

ENRACINÉE

 

   Tahar DJAOUT (1954-1993)

 (t)race d’erg (Esquisse d’une fable à deux lieux)